(spectacle vu par la classe CHAAS 6e du collège jean Lurçat le 6 décembre au Bouffou-théâtre à la Coque, Hennebont)

Pendant près de 40 minutes défenseurs et détracteurs du spectacle se sont affrontés dans un débat musclé. En voici un compte rendu fidèle :

Les détracteurs : nous n’avons pas reconnu le roman : l’arrivée du personnage à l’auberge, le personnage de Mrs Hall, rien de tout cela n’a été respecté. De nouveaux personnages qui ne figurent pas dans le roman sont apparus : Mary, par exemple, ainsi que Paillasse, un personnage muet. Qui sont-ils et pourquoi sont-ils là ? Nous qui avons lu les premiers chapitres du livre, nous nous attendions à en découvrir la suite, or nous avons eu une tout autre histoire.

Les défenseurs : suivre à la lettre le roman n’aurait pas été intéressant. Cela aurait été trop prévisible et il n’y aurait pas eu de nouveauté, de surprise. Et on ne peut de toute façon pas reproduire tous les détails d’un roman sur une scène.

Les détracteurs : Il y a beaucoup de choses qui restent incomprises. Une même comédienne jouait plusieurs personnages, tient le rôle de narratrice et fait aussi toutes les voix des marionnettes, cela crée des confusions. A l’inverse, certaines scènes traînent en longueur alors que les spectateurs ont compris depuis longtemps la situation : par exemple, Griffin prépare une potion qui va lui permettre de devenir invisible. Ses mélanges durent inutilement longtemps.

Les défenseurs : Vous oubliez que tout le monde n’a pas lu le début du roman ! Il est important d’expliquer le phénomène de transformation au public et c’est l’occasion de faire de la magie sur scène : une véritable expérience de chimie a lieu sur le plateau. Quant aux confusions créées par la multiplication des rôles joués par un seul comédien, ce n’est pas vrai :dans la scène du tribunal, par exemple, la comédienne annonce clairement l’arrivée du nouveau personnage en disant : « Alors quelqu’un est entré dans la salle : - Assesseur King, votre maison est inondée ! ». Cela coûte cher de monter un spectacle avec beaucoup de comédiens et c’est une réussite d’avoir pu mettre en scène tous ces personnages avec seulement trois comédiens. Nous avons trouvé que c’était bien joué, Ainsi c’est parfois dans les plus petits théâtres que l’on voit les meilleurs acteurs.

Les détracteurs : On les sentait tendus tout de même, et parfois déstabilisés. Les couacs de la régie lumière ont montré que l’équipe n’était pas prête. Le régisseur a éclairé la salle au lieu d’éclairer la scène, on l’a entendu s’énerver. C’est un spectacle gâché.

Les défenseurs : C’était une première ! Évidemment que le spectacle n’est pas complètement prêt ! Ils nous l’ont dit à la répétition. Et nous l’avons vu : c’est déjà énorme d’être arrivés à ce résultat-là quand on voit à quel point ils étaient loin du compte six jours avant la première. Sans compter que le travail de la marionnette demande énormément de précision : caler le jeu du comédien avec la manipulation et la voix de la marionnette est difficile et ils s’en sortent bien.

Les détracteurs : à propos des marionnettes, nous avons été déçus. A part la marionnette représentant l’homme invisible, il n’y avait rien de très sophistiqué : de simples couteaux et des ballons, des yeux tenus par une main, voilà tout.

Les défenseurs : vous oubliez le cadavre et les yeux avec des boyaux, les membres du tribunal avec des gants de vaisselle. Les couteaux que vous critiquez ont bien joué leur fonction : c’est un moyen facile, efficace et rapide de transmettre la rage et la colère des personnages. Ce n’est pas réaliste et c’est justement ça qui est intéressant et original. Pour ce qui est de la manipulation, les comédiens savaient manier les marionnettes et ont produit un beau résultat.